Novembre 2019

L' Edito du mois :

 

Chers lecteurs, Chères lectrices,

Le mois de Novembre est toujours chargé en commémorations, y compris pour le régiment SAS et ses héritiers. Suit la Saint-Michel ou le 1er RPIMA a rendu les hommages aux hommes des 3rd et 4th SAS à Bayonne. C’était aussi la date de notre Assemblée Générale 2019.

Octobre a été un mois de travail pour toute l’équipe de l’AFPSAS et notre newsletter est restée silencieuse.

A Londres, le Field of Remembrance était l’opportunité de saluer les SAS décédés entre Novembre 2018 et Novembre 2019. Leurs noms ont été lus, un à un, en l’abbaye de Westminster où le régiment a un carré militaire en mémoire de ses hommes.

Nos ainés SAS n’ont pour la grande majorité pas connu la grande guerre, mais certains étaient alors de jeunes enfants....

En France, en plus des cérémonies de l’armistice, un hommage particulier a été rendu aux militaires français  décédés en OPEX. Les régiments de forces spéciales issus des SAS ont été touchés de part la nature et la fréquence de leurs engagements dans ces conflits.

Nous vous souhaitons une excellent lecture en ce mois de Novembre 2019 et en profitons pour signaler à nos membres qu’une lettre d’information numéro spécial 75e anniversaire est prévue pour nos adhérents pour la fin de l’année.

Le bureau de l’AFPSAS

Évènements à venir :

 

Novembre

 

o 16 novembre 2019 : Paris
 
79e anniversaire de la création de l'Ordre de la Libération par le général de Gaulle. Ravivage de la Flamme à l'Arc de Triomphe.

 

  o 27-28 novembre 2019 : Paris, Musée de l’Armée, auditorium Austerlitz

Colloque international par la Fondation de la France Libre en partenariat avec la Fondation Maréchal Leclerc de Hauteclocque et en association avec l’Ordre de la Libération.
E pluribus unum ?
Pluralité et identité des Français Libres

http://www.france-libre.net/pluralite-et-identite-des-francais-libres-colloque/

o jusqu’au 5 janvier 2020 : Paris - Musée de l’Ordre de la Libération

Exposition-dossier : "Le Chant des partisans. Création et diffusion"


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2020


80e anniversaire des Forces Aériennes Françaises Libres - FAFL
80e anniversaire de l’appel du 18 juin

 

Janvier


o Dimanche 5 janvier 2020 : Bure (Ardennes belge)

ABSASV (Amicale Belgian SAS Vriendenkring)
SAS Op Regent, commémorations de 3 membres SAS KIA - Lt SAS Paul Renkin - SAS Claude de Villermont - SAS Emile l'Orphèvre.

Le SAS du mois :  Michel LAKS

 

Le texte qui suit nous a été écrit par Brigitte, le fille de Michel Laks notre SAS du mois. Merci a elle pour cet hommage à son papa, son héros. Vous pourrez aussi lire deux lettres de témoignage écrites par ses camarades SAS.

HOMMAGE À MON PÈRE MICHEL LAKS, CE HÉROS, MON HÉROS DÉJÀ 30 ANS QUE TU NOUS AS QUITTÉ.

Mon père est né le 16 septembre 1921 à Paris, dans une famille juive polonaise, arrivée en France dans les années 1911/1912. Il est le plus jeune de 7 enfants, et pour les parents, eux qui ne parlaient pas français, il était important de fréquenter l’Ecole de la République et de s’intégrer à la langue et culture par respect de leur pays d’accueil.

A la déclaration de la 2e guerre mondiale, mon père a 18 ans. Je pense que très vite lui est venu l’idée de défendre son pays, la France, mais hélas, je ne sais ni quand, ni comment il a décidé d’être parachutiste. Il semble que ce soit en 1942, quand il est allé rejoindre une de ses sœurs qui était en zone libre, à Lyon.

Il espère rejoindre l’Afrique du Nord, il s’évade de France par l’Espagne le 13 Avril 1943, en traversant clandestinement les Pyrénées, non sans appréhension, d’autant plus que c’est l’hiver, il y a de la neige, le terrain est glissant, il a le vertige et a peur de glisser et de dévaler la montagne. En arrivant en Espagne, il se fait arrêter par la milice espagnole. Il sera interné pendant plusieurs mois au camp de Miranda de Ebro, on va se dire que c’est un moindre mal, car étant juif, il aurait pu se voir livré aux allemands et être envoyé dans un camp d’extermination.

Libéré le 13 novembre 1943, il débarque au Maroc. Volontaire pour les parachutistes, il débarque en Grande-Bretagne en juin 1944. Il est affecté au 3e SAS. Il suit les entrainements de parachutiste Stage 122 à Ringway du 26 juin au 5 juillet 1944, avant de partir en mission.

Il me racontait toujours sa peur lors des premiers sauts en parachute, qui apparemment, si j’ai bonne mémoire, se faisaient en planeur.

En août 1944, il est parachuté en Corrèze à Egleton, sous les ordres du Capitaine Wauthier. Après la Corrèze, retour en Angleterre afin de reprendre les entrainements pour la prochaine mission.

Dans la nuit du 7 au 8 avril 1945, il est parachuté en Hollande, dans la province de  Drenthe , ayant une frontière avec l’Allemagne. Les avions décollent de nuit le soir du 7 avril 1945, et, sans raison apparente, les parachutistes sont largués bien plus haut de d’ordinaire, ce qui est encore plus dangereux et difficile pour se rassembler.

Il est décoré par la Reine de Hollande à la suite de ces opérations.

Ces expériences lui donnent envie de devenir pilote de ligne mais rentré à Paris, il a dû travailler, ses parents ayant été exterminés. Il a alors travaillé au Carreau du Temple comme commerçant, en vendant des vêtements, jusqu’en 1965, et parallèlement, dès 1954, au Marché aux Puces de Saint-Ouen.

En août 1948, il rencontre ma mère, Paulette, ils se marient en 1950. Je viendrai agrandir la famille quelques années plus tard.

Après la guerre, il est resté fidèle à ses compagnons jusqu’à son décès le 23 septembre 1989. Je me souviens des traditionnelles galettes des Rois où ils se retrouvaient tous avec leur famille, se remémorant leurs années de combat, mais aussi les déjeuners hebdomadaires avec certains amis dont Henri Hirsch, ou les cartes que l’on recevait du bout du monde, Papeete, par son ami Maurice Déglise.

Avec l’hommage que je rends à mon père, je voudrais aussi rendre hommage à ses frères de combat que j’ai bien connus, comme Henri HIRSCH, Maurice DEGLISE, Lucien LE MANSEC, que j’ai eu l’occasion de rencontrer dans ma vie professionnelle, et tous les autres.

Et pour finir ce récit sur la guerre, une petite anecdote incroyable, note positive de la vie.
Ma mère était cachée à Paris par des corréziens qui sont retournés en Corrèze au moment de leur retraite. En 1985, mes parents leur rendent visite, et leur maison se trouvait non loin du champ de la ferme où mon père avait atterri en parachute !!!! Le fermier était alors dans son champ, mon père lui a parlé, et cet homme se rappelait bien des parachutistes qui avaient atterri dans son champ en 1944.

Si certains enfants de ces courageux combattants lisent le journal, je serais heureuse de les rencontrer, notamment les enfants de Henri Hirsch.


Brigitte LAKS

Lien vers le site : FFLSAS

Lettre hommage de Claude MARCHAL pour mon père

Cher ami SAS

Je lis le bulletin de l’Amicale avec toujours un très grand intérêt. Mais la lecture du N°221 a provoqué en moi, et certainement chez d’autres, une très grande émotion. L’avis de 24 décès d’anciens SAS dans une même période, c’est éprouvant et même inquiétant.
La disparition de Michel LAKS, m’a ému, entraînant mille regrets de ne l’avoir jamais revu depuis 1945. Simplement parce que je n’ai jamais assisté aux cérémonies ou se déroulant à Paris.
La raison de cette lettre, que je me permets de vous adresser est la suivante ; puisque, comme camarade d’école, compagnon de la même classe SAS et ami dans la vie d’après guerre, vous avez eu l’honneur de faire connaître sur sa tombe, aux personnes présentes, ses mérites pendant la période de la guerre 39/45.
Je vous demande si vous voulez bien être mon interprète, auprès de sa femme, Madame LAKS et de sa fille, à qui je présente mes très vives condoléances.
Il restera présent dans mon cœur et mon esprit aussi longtemps que je le pourrai.
Ma motivation est simple.
Adjoint du lieutenant DURAND, mon ami cher, disparu en 1967.
Au mois d’août 1944, en mission du côté de Châteauroux, notre groupe ayant besoin de deux remplaçants, deux « PARAS » nous ont été affectés. Il s’agissait de Paul SALLES et Michel LAKS, deux bons amis, venant d’une mission voisine, dans la Creuse, je crois ???
Durand et moi avons été impressionnés par la facilité d’adaptation de ces « deux jeunes » avec les autres membres du « stick »

Lettre de Henri HIRSCH, lue aux obsèques de mon père

Chère Madame, chère Brigitte, chers Amis,

Au nom des Anciens Evadés de France par l’Espagne et au nom des anciens parachutistes SAS de la France Libre, je dois rendre hommage à notre frère d’arme Michel LAKS.
Je peux le faire d’autant plus que Michel et moi avons été assis côte à côte sur le même banc d’école Avenue Trudaine pendant l’année 1935. Michel m’a souvent rappelé de nombreux détails car il avait la mémoire de cette période de sa vie. Lorsqu’il avait 14 ans, et moi aussi, j’ai souvenir d’un garçon rieur et gentil camarade. Il a d’ailleurs gardé cette bonhomie toute sa vie durant.
Les années sont passées puis la guerre 39-45 est arrivée. Après l’occupation de la zone sud de la France par les allemands, Michel a pris la route de l’Espagne le 13 avril 1943, arrêté et interné à la prison de Jaca puis de Saragosse et enfin le camp de Miranda. Le 15 novembre 1943, il a pu sortir d’Espagne pour rejoindre l’Afrique du Nord. Là, il y avait l’appel des Giraudistes et des Gaullistes.
Michel a choisi l’Armée de la France Libre et s’est engagé pour la durée de la guerre + 3mois. Il est volontaire pour être parachutiste. Il faut rappeler qu’à cette époque, les volontaires dans cette arme étaient peu nombreux. Michel aurait très bien pu choisir une arme classique , mais c’est la route la plus dangereuse qui correspondait à son désir de combattre l’ennemi et de le chasser hors de France. Il sera bien servi ; en effet c’est dans la compagnie du capitaine Claude WAUTHIER WURMSER, ici présent, qu’il sera parachuté en juillet 1944, en zone ennemie à Egleton, en Corrèze. Si les pertes furent importantes, il eut la chance de revenir entier. Il participa ainsi à la libération d’Ussel, de Tulle, de Brive, de Châteauroux, puis dans la poche de Saint-Nazaire de l’aérodrome de Retz.
Cette campagne de France lui a valu la croix de guerre avec citation à l’ordre de la Division.
Mis au repos à Epernay en Novembre 1944, il repart en Angleterre en Février 1945 et participeà la dernière et grande opération des paras SAS de cette guerre, à savoir l’opération en Hollande. Après un saut en parachute dans des conditions très difficiles, un combat inégal en nombre comme l’a toujours été celui des parachutistes SAS, il a encore la chance de revenir entier mais heureux d’avoir dans cette triste guerre fait son devoir, tout son devoir, c’est ainsi que sa croix de guerre est marquée par une deuxième citation. Il a toujours été très discret sur son action et pour lui, ce qu’il a fait n’était que normal. La Médaille Militaire et la Médaille des Evadés complèteront, bien justement, les décorations de ce valeureux parachutiste.
En réalité, il a fait parti de ceux auxquels le Général de Gaulle a dit le 06 Juin 1953 :
« Le but fut atteint, la victoire remportée. Maintenant que la bassesse déferle ! Eux regardent le ciel sans pâlir et la terre sans rougir. ».
Michel Laks, notre frère de combat, tes camarades ne t’oublieront jamais.


 

Suggestion de lecture:   S’accrocher à une étoile – Ainsi va la vie aux Invalides  : Anne-Marie Grué-Gélinet

 

Anne-Marie Grué-Gélinet, ancienne patiente de l’Institution nationale des Invalides, a écrit un magnifique livre sur l’INI après avoir recueilli plus de 25 précieux témoignages. Le père de l’auteure, pensionnaire, est une des figures que nous avons la chance d’avoir parmi nous. Elle y dresse de très beaux portraits des derniers acteurs de la Seconde Guerre mondiale, dont certaines grandes figures, comme celle d’un des quatre Compagnons de la Libération encore vivants, mais aussi résistants des réseaux Navarre et Bourgogne, combattants de la France libre, et déportés d’Auschwitz, Rawa Ruska et Buchenwald. S’y côtoient les histoires de militaires blessés d’Indochine, d’Algérie, ou des conflits plus contemporains, officiers, sous-officiers, militaires du rang, légionnaires, marins, sapeurs, parachutistes, chasseurs, forces spéciales et commandos marines, décorés dans les ordres nationaux, titulaires de croix de guerre, de la valeur militaire ou non, etc... Ayants droit au code des pensions militaires d'invalidité et victimes de guerre, la parole est aussi donnée aux victimes d’actes de terrorisme, du 13 novembre 2015, de Nice et de Londres. Enfin, l’ouvrage ne pouvait être complet sans les regards du personnel soignant de l’INI, du CSINI et de la grande famille des Invalides de manière plus générale.

A l’occasion des 350 ans de la signature par Louis XIV de l’ordonnance royale portant création de l’Hôtel des Invalides, c’est donc un magnifique portrait de cet héritage qui est dressé. Au delà d’en retransmettre fidèlement la mission, il en dépeint son âme. La lecture d’une traite du manuscrit m’a convaincu que cet ouvrage fera rayonner les Invalides et nos Armées, et sera indéniablement un outil du devoir de Mémoire et du lien Armée-Nation. Il mettra en lumière la poursuite de sa mission historique, ainsi que de la reconstruction des militaires blessés et des victimes d’actes de terrorisme.

Commandant (RC) Stéphane Colin
représentant des pensionnaires de l'INI*

S’accrocher à une étoile – Ainsi va la vie aux Invalides


Anne-Marie Grué-Gélinet
Éditions du Cherche-midi,
Parution décembre 2019

 

*Le commandant (RC) Stéphane Colin vit à l’INI où il a pu se reconstruire depuis 2013 suite à un accident en mission où il était déployé comme lieutenant au 1er RPIMa. Au sein de la réserve citoyenne il s’attèle à des projets autour des thématiques du soutien aux blessés (organisation de conférences, témoignages, etc), du lien Armée-Nation et de l’égalité des chances. Il est sensible à la question du devoir de Mémoire, avec un prisme à la fois d'acteur et de bénéficiaire direct.

Tribune Libre

 

Quand les SAS commencent à raconter l’histoire des SAS

 

1er Octobre 1945, la majorité des hommes des 3rd et 4th SAS rejoint l’armée française. Le 8 octobre 1945, les 1st et 2nd SAS sont dissous. Les belges du 5th SAS avaient déjà été rattachés à l’armée Belge en septembre. La guerre est terminée et officiellement le régiment n’existe plus. Il est rapidement recréé avec le 21e SAS en Janvier 1947.

En 1948, Sir Roderick William McLeod, Gbe, KBC, commandant du régiment SAS de 1944 à 1945 perpétue l'aventure SAS de la deuxième guerre mondiale à travers l'enseignement de l’histoire du régiment. Certes, celle-ci est alors très jeune, mais elle aussi déjà tellement riche.

On peut consulter aux archives « Liddell Hart Military » de King’s College à Londres, les notes utilisées par le General McLeod lors de ses cours donnés au “Staff College, Camberley” dans le Surrey en Angleterre en 1948 (aujourd’hui, le College fait partie du Joint Services Command and Staff College – « JSCSC »).

Il est intéressant de trouver dans les documents de support des cours dispensés par McLeod, un mémorandum rédigé par David Stirling, père fondateur des SAS en 1941.

o Il y écrit qu’en 1941, un lot de parachute arrive « par erreur » au Moyen-Orient (ils étaient en fait destinés aux troupes en Inde) ce qui lui permet à lui, David Stirling et à Jock Lewes, d’expérimenter le saut en parachute. Stirling se blesse lors d’un des premiers sauts et passe deux mois à l’hôpital, ce qui « lui permet d’évaluer les facteurs qui justifieraient de la création d’une unité de forces spéciales.

o Stirling y explique aussi l’origine du nom « S.A.S » qui vient de la brigade « Phantom » du brigadier Dudley Clarke, déjà équipée en planeurs et parachutes. Dudley Clarke, spécialiste des tactiques de « tromperie » garait de faux planeurs dans le désert pour tromper le renseignement photographique ennemi et larguait aussi des mannequins paras près des cages des prisonniers de guerre pour simuler de faux entrainements. Stirling propose alors à Dudley Clarke de créer une unité de parachutistes  « en chair et en os ». Stirling se met alors d’accord pour l’appeler le « ‘L’ Detachment, S.A.S. Brigade ».

o Enfin, Stirling cite « l’établissement du SAS » en Janvier 1943, date à laquelle il a alors six unités sous son commandement: le « 1st SAS régiment », le « French SAS Squadron », le « Greek Sacred Squadron », la « Folboat Section », « Captain Bucke’s German unit » et le « Middle East Commando ». En ce qui concerne le « French SAS Squadron », Stirling note que l’unité comprend alors « 14 officiers et 80 soldats » et il envisage déjà que ceux-ci formeraient « le noyau du régiment SAS français qui serait très important pour les opérations en France lors de l’inévitable deuxième future front en Europe ».

En Octobre 2019, la mission de l'AFPSAS inclut également l'enseignement de l'histoire du régiment et nous sommes fiers de continuer ainsi à perpétuer la mémoire des fondateurs du régiment et de ses hommes.

Thomas Liaudet, Vice-président général, AFPSAS

 

Note :


- Les archives sont en libre consultation pour la recherche à Londres, suivre ce lien pour plus d'informations :

  https://kingscollections.org/catalogues/lhcma/collection/m/ma35-001/ma35-01?searchterms=mcleod

 © photo Imperial War Museum