Décembre 2019

L' Edito du mois :

 

Ce mois de décembre conclut l’année du 75e anniversaire du Débarquement allié et des opérations SAS en France.
Pour l’AFPSAS, le travail de mémoire se poursuit avec les préparatifs des commémorations du 75e anniversaire des opérations SAS dans les Ardennes organisées par nos amis belges début janvier 2020.
C’est pour nous l’occasion de nous remémorer quel fut le sacrifice des parachutistes SAS français et belges engagés dans l’Opération Franklin fin 1944- début 1945.

Opération Franklin

Depuis la libération du port d’Anvers par les Alliés le 4 septembre 1944, l’étau se resserre autour du IIIe Reich dont la chute n’est plus qu’une question de temps.
Hitler, refusant catégoriquement de se rendre à l’évidence, décide un ultime coup de poker : reprendre Anvers dont la situation stratégique pourrait empêcher la victoire finale des Alliés.
L’opération « Wacht am Rhein » (Garde au Rhin) est organisée dans le plus grand secret.

Le 16 décembre 1944 au petit matin, les allemands lancent l’attaque dans les Ardennes sur un axe allant d’Echternbach à Montjoie et réussissent à percer les lignes alliées. Pour les américains et les britanniques c’est la surprise totale.
La supériorité numérique des allemands leur permet de progresser rapidement et le 20 décembre, ils parviennent à encercler Bastogne.
Cependant, Eisenhower ne tarde pas à réagir et organise la contre-offensive en quelques jours.

Le 22 décembre, alors que la 101e Airborne US du général McAuliffe, un groupement de la 10e division blindée et quelques autres divisions défendent héroïquement Bastogne en attendant les renforts, les hommes du 4th SAS du commandant Puech-Samson, au repos en Champagne, sont mis en alerte. L’ordre de mission donné par le lieutenant-colonel Prendergast au commandant Puech-Samson est le suivant : rejoindre de toute urgence les Ardennes afin de prêter main forte aux forces américaines et britanniques et protéger leurs unités dans le secteur fragilisé à l’Ouest de Bastogne.

C’est ainsi que le 24 décembre, par un froid polaire, 195 parachutistes du 4th SAS organisés en deux squadrons, un squadron de combat sous le commandement du capitaine Déplante, et un squadron de commandement placé sous les ordres du capitaine Betbèze prennent la direction des Ardennes belges. Quarante jeeps armées de Vickers et deux camions de ravitaillement constituent le convoi. C’est le début de l’Opération Franklin.

Les SAS, avec à leur tête la jeep du commandant Puech-Samson progressent vers Bertrix, lorsque soudain, à l’approche de Mortehan, cette dernière est prise pour cible par le soldat américain en faction qui, croyant à une attaque allemande, fait feu sur le convoi SAS.
Gilbert Lolo et le lieutenant Sassoon Meyer, médecin du bataillon, sont grièvement blessés. Ce dernier succombera à ses blessures le 10 janvier 1945 à l’hôpital de Verdun.
Après une nuit de repos à Mortehan, les hommes continuent leur progression et à la suite du sous-lieutenant Nicol envoyé en reconnaissance, entrent le 25 décembre dans la ville de Bertrix libre de toute présence allemande où ils vont installer leur base opérationnelle.

Du 26 décembre au 1er janvier, les unités des lieutenants Mairet et Legrand alternent à tour de rôle la protection du camp de base à Bertrix et les missions de patrouille et de reconnaissance des positions allemandes durant lesquelles ils sont souvent confrontés à de violents accrochages avec l’ennemi.
En effet, le premier jour de l’année 1945 débute tragiquement pour les SAS car au cours d’une mission de reconnaissance aux environs de Smuid, un détachement commandé par le sous-lieutenant Simon se heurte à une patrouille allemande. Le sergent Jean Prédali est tué sur le coup à l’âge de vingt et un ans.

Les jours qui suivent, les missions se succèdent dans des conditions climatiques extrêmement éprouvantes puisque le froid glacial des Ardennes gèle les sols et met à rude épreuve le matériel et les hommes. Dans ces étendues blanches, où distinguer le soldat ennemi de l’allié est souvent impossible, et où les français doivent évoluer sur un terrain fréquemment miné, la vitesse d’exécution de leurs missions est ralentie. Mais leur détermination ne faiblit pas, et sans relâche, ils enchaînent sabotages, embuscades, raids, déminage, patrouilles de reconnaissance, missions de liaison avec les américains et les britanniques, et poursuivent leur avancée vers le Nord en direction de Saint-Hubert puis vers l’Est.

A mesure de leur progression et de leurs affrontements avec l’ennemi, ils font de nombreux prisonniers allemands.

La liaison est également établie avec les SAS belges du major Edouard Blondeel (Belgian SAS RECCE Squadron) placés sous commandement de la 6th Airborne Division britannique et opérant sur l’axe Tellin-Bure-Saint-Hubert. Le bataillon belge a lui aussi été durement éprouvé car au cours d’une mission de reconnaissance le 31 décembre au Sud de Bure, les SAS Paul Renkin, Claude Hennequin de Villermont et Emile Lorphevre sont tombés sous le feu ennemi.

Le 11 janvier 1945, les parachutistes français entrent les premiers dans Saint-Hubert au grand dam des américains de la 87e Division d’Infanterie. Puis ce sera Steinbach, Limerlé et le 21 janvier, ils entrent au Luxembourg.

Alors que l’Opération Franklin touche presque à sa fin, les hommes du commandant Puech-Samson connaissent une dernière épreuve puisque le
24 janvier, ce dernier et le sous-lieutenant Robert sont gravement blessés par l’explosion d’une mine au passage de leur jeep.

Le 25 janvier, le bataillon sera relevé de sa mission et rentrera en Champagne quelques jours plus tard.

L’Opération Franklin est réussie pour les parachutistes du 4th SAS qui, malgré un bilan humain de deux tués, vingt-quatre blessés, et de nombreux malades évacués, parviendront à remplir les objectifs assignés par les britanniques.

Il est de notre devoir de ne jamais oublier l’action décisive de ces hommes dans la bataille des Ardennes.

A.L Secrétaire de l'AFPSAS

Évènements à venir :

 

 

Agenda 2020

 

75e anniversaire des opérations des parachutistes SAS dans les Ardennes

75e anniversaire des opérations des parachutistes SAS en Hollande

 

80e anniversaire de l’appel du 18 Juin 1940

80e anniversaire de la création des Forces Aériennes Françaises Libres - FAFL

 

Janvier

o Samedi 4 janvier 2020 : Bertrix, Saint-Hubert, Smuid (Ardennes belges)

Hommage aux SAS français.
Mortehan - stèle capitaine médecin Meyer Sassoon (4th SAS)
Smuid - stèle du sergent Jean Prédali (4th SAS)

o Dimanche 5 janvier 2020 : Bure (Ardennes belges) - Pegasus Remembrance Walk

Marche commémorative en souvenir des parachutistes britanniques du 13th (Lancashire) Battalion et des SAS belges tombés à Bure durant la bataille des Ardennes.
ABSASV (Amicale Belgian SAS Vriendenkring)
Cérémonie à La Croix Renkin en hommage aux 3 membres SAS KIA - Lt SAS Paul Renkin - SAS Claude de Villermont - SAS Emile l'Orphèvre.

 

Avril

o 8-12 avril 2020: Hollande
Monument Amherst à Assen, puis à Koelenweg, Westdorp, Spier, Treis, Wezuperbrug et Eext.
Cérémonies en hommage aux SAS tombés lors des combats de la Libération de la Hollande.

 

Mai

o Samedi 9 mai 2020 : Kortrijk (Belgique)
ABSASV (Amicale Belgian SAS Vriendenkring)
SAS-SOE Commémoration 4 membres SAS KIA dont SAS Etienne Bataille - SAS Roger Carrette o- SAS Raymond Holvoet - SAS Jean Melsens- et 4 membres SOE KIA.

o 16-17 mai 2020 :
Nuit européenne des musées

Juin

o 4-5 juin 2020 : Kerihuel/Plumelec (56)
Cérémonie commémoratives

o 5 juin 2020 : Saint-Marcel - Plumelec
Accueil élèves/soldats d’Orleans au terme de leur marche mémorielle

o 18 juin 2020 :
Cérémonie du 80e Anniversaire de l’Appel du 18 juin

 

Juillet

o 12 juillet 2020 : Kérihuel en PLUMELEC (56)

o 13 Juillet 2019 : Saint-Pierre-Quiberon (56) Fort de Penthièvre

Août


o ? août 2020 : Merdrignac (22)
Dépôt en de gerbe à la stèle du capitaine Legrand et au monument aux Morts.

o ? août 2020 : Chilleurs-aux-Bois (45)
Cérémonial à la stèle érigée sur les lieux des exécutions de deux SAS anglais, au lieu-dit “Les Châtaigniers”

o 24-25 août 2020 : Paris
Libération de Paris

o 26-30 août 2020 : Briare (45)
Rassemblement international de Jeeps SAS à Briare où était établi le QG du 4th SAS
Commémorations des actions des SAS Français, Anglais et Belges en août et septembre 1944 à Briare et dans sa région.

 

Septembre

o 4 septembre 2020 : Sennecey-le-Grand (71)
76e anniversaire de la Libération de Sennecey-le-Grand

o 5 septembre 2020 : Peer-Meeuwen, province de Limbourg (Belgique)
ABSASV (Amicale Belgian SAS Vriendenkring)
commémoration SAS Op Caliban, nous y commémorons 2 membres SAS KIA, SAS Lt Freddy Limbosch et SAS Sgt Jean Melsens.

o 6 septembre 2020 : la « Plaine Sapin » près de Somme-Leuze (Ardenne Belges)
ABSASV (Amicale Belgian SAS Vriendenkring)
DZ des SAS belges et AS en coopération avec le SF Gp belge.

o 19-20 septembre 2020 :
Journées européennes du patrimoine

Le SAS du mois :    Antonin Betbèze (alias Alexis Doumingot)

 

 

Antonin Betbèze naît le 7 septembre 1911 à Juillan (Hautes Pyrénées).
Après son baccalauréat, il est incorporé au service actif le 1er octobre 1931 au 124E Régiment d’Infanterie de Brive-la-Gaillarde (124E RI).

Choisissant de s’engager au 6e Régiment des Tirailleurs Sénégalais en 1934, il intègre l’Ecole Militaire d’Infanterie et des Chars de Combat de Saint-Maixent quatre ans plus tard pour devenir officier.
Affecté au 6e Régiment d’Infanterie Coloniale (6E RIC) fin août 1939, il prend part dès le 3 septembre aux combats dans la Sarre, et jusqu’au 12 juin 1940, fera preuve d’une très grande bravoure, en particulier lors de la Campagne de France.

Fait prisonnier le 13 juin 1940, il est envoyé en Oflag en Poméranie d’où
il parvient à s’évader le 11 août 1942 après six tentatives et revient en France où il rejoint la Résistance.
Repris par la Gestapo le 11 mars 1943, il profite d’un transfert pour s’évader le 12 mars et franchit la frontière espagnole le 21 avril.

Arrêté et détenu en Espagne jusqu’au début du mois de novembre 1943, il s’évade à nouveau et débarque à Casablanca.

Incorporé au Bureau central de renseignement et d’action (BCRA) à Alger, il prend le nom d’Alexis Doumingot.
A son arrivée en Angleterre le 5 janvier 1944, il signe son acte d’engagement dans les Forces françaises libres le 8 janvier (sous son pseudo Alexis Doumingot) et, volontaire pour intégrer les parachutistes, il est affecté au 4th SAS.

Au cours d’un saut à l’entraînement, il se blesse gravement à la colonne vertébrale et est contraint à l’immobilisation. Ne pouvant accepter ce repos forcé, il quitte l’hôpital, rejoint par planneur ses camarades de bataillon en Bretagne dans le Morbihan et lance à Saint-Symphorien avec 9 hommes et 3 jeeps une attaque sur le poste de DCA, puis effectue des patrouilles offensives à Ploërmel.

Le 25 août 1944, à Paris, il fait partie du groupe du colonel Rémy ayant pour mission d’assurer la protection des services secrets alliés dans leur recherche des criminels de guerre nazis et leurs agents et récupérer les archives allemandes.

Après plusieurs patrouilles de reconnaissance dont il assure le commandement pour les américains au mois de septembre dans la région Bourgogne, il est nommé à la tête du squadron de commandement du 4th SAS pour l’Opération Franklin dans les Ardennes fin 1944- début 1945. Blessé à la suite de l’explosion d’une mine au passage de sa jeep le 24 janvier 1945, il devra être évacué.

Antonin Betbèze s’illustrera une nouvelle fois en avril 1945 en Hollande lors de l’Opération Amherst en attaquant en plein jour près de Westerbok le PC du général Böttger, commandant de la Feldgendarmerie des Pays-Bas, qui sera grièvement blessé.

La guerre finie, le capitaine Betbèze peut enfin recevoir les soins nécessaires pour ses blessures.
Réintégré en 1953, il est nommé à la tête de la base aérienne école de Caen puis, promu lieutenant-colonel, il prend le commandement de la base aérienne d’Alger.

Toujours en Algérie, il est muté en en 1962 à l’Etat major de l’Air. Nommé à la tête de la base aérienne de Lahr, il y terminera sa carrière avec le grade de colonel en 1965.

Antonin Betbèze est décédé le 2 février 1993 à Nice.

Compagnon de la Libération, Commandeur de la Légion d’Honneur, il était titulaire, entre autres décorations, de la Croix de Guerre 39/45 (6 citations), du Distinguished Service Order (GB) et de la Croix de Guerre (Hollande).

 

A.L Secrétaire de l'AFPSAS

 

 

 

 

Suggestion de lecture:   The Regiment – L’Histoire vraie du SAS   Vincent Brugeas - Thomas Legrain

 

Décembre 1941. Fort de ses premiers succès, le Special Air Service intensifie sa guérilla pour clouer au sol un maximum d’avions de l’Afrikakorps. Le front de cette unité unique en son genre se situe derrière les lignes ennemies. Là-bas, pas de hiérarchie, rien que des hommes, des amis soudés par le feu. De victoire en revers, les SAS forgent leur devise dans le sang, le labeur, la sueur et les larmes.

En juin 1942, de solides verrous séparent encore les troupes nazies de la victoire. Mais, rouage essentiel pour l’approvisionnement des forces de l’Axe, le port libyen de Tobrouk est tombé entre les mains du « Renard du Désert ». Reste Malte. Résolue à détruire ce porte-avions de pierre indispensable à l’approvisionnement de la VIIIe Armée anglaise, la Luftwaffe envoie ses pilotes bombarder l’île jour et nuit. Le major Stirling et ses hommes du L Detachment se doivent dès lors impérativement de prendre l’ennemi à la gorge en attaquant ses bases aériennes. Renforcé par les recrues françaises enthousiastes, ce valeureux commando va passer à l’action et ajouter ainsi un nouveau chapitre à son histoire pleine d’audace. Bravant l’aridité et le climat torride du désert, s’exposant aux tirs nourris et particulièrement meurtriers de l’adversaire, le L Detachment va, par ses actions, conquérir enfin son vrai nom : SAS. Après tout, qui ose gagne...

Après deux premiers tomes remarqués, Vincent Brugeas, au scénario, et Thomas Legrain, au dessin, nous proposent un troisième chapitre captivant de l’histoire authentique du Special Air Service (SAS), régiment britannique opérant en Afrique du Nord pendant la Seconde Guerre mondiale.

Narration fictive des hauts faits accomplis réellement par les héros de ce régiment mythique, ce récit ne se limite pas à une succession de spectaculaires scènes d’action, il exprime aussi toutes les émotions et sensations ressenties en ces moments d’extrême tension.

 

The Regiment – L’Histoire vraie du SAS
Vincent Brugeas, scénario
Thomas Legrain, dessin
Elvire de Cock, couleurs
Le Lombard
Bruxelles, octobre 2019

Tribune Libre :

 

La campagne de Belgique : récit d’un parachutiste du 4th SAS

 

[…] «Où est ma JEEP ? Elle est facile à reconnaître, elle s’appelle “La Madelon”, mais en plus elle est la seule à être blindée avec des tôles de protection prises sur un char Tigre ».

Le mécanicien de service me répond d’un air indifférent :

« Le commandant Puech-Samson a pris votre JEEP pour lui »

[…] une mine en Belgique eut raison quelques temps après de ma chère Madelon. Le Commandant Puech- Samson fut blessé à son bord.

 

Ma déception passée, je reçois l’ordre de prendre un camion de munitions et d’essayer de rattraper mon retard. Je roule à bonne allure, passant en revue toutes ces années écoulées et sans m’en rendre compte, je rejoins le bataillon près de Sedan. Nous approchons de la frontière belge. Le paysage se fait triste et sévère, car ce ne sont pas les riantes Ardennes, bel endroit boisé de sapins verts, habité de cerfs, biches et sangliers qui s’offre à notre vue. C’est une marée de gens qui descendent vers le sud, comme en 40 et qui fuit la menace des troupes du Général Von Rundstedt qui a réussi une percée dans les défenses américaines à l’est de Bastogne, dans la haute vallée de l’Ourthe. Les tirs d’artillerie illuminent le ciel. Nous arrivons sur les bords de la rivière la Sémois. Chaque pont est gardé par un soldat américain, prêt à le faire sauter en cas d’urgence ainsi que d’arrivée des allemands. Tout le bataillon s’engage sur les petites routes qui doivent nous conduire à rencontrer la pointe des Panzers. Le bataillon franchit le pont. Nous nous trouvons en fin de convoi avec les munitions et l’ambulance de la Croix-Rouge. Un coup de feu éclate et l’ambulance est touchée. On ne saura jamais d’où il est parti et s’il est dû à la panique d’une sentinelle américaine ou à des tireurs isolés, échelons précurseurs des forces allemandes qui envoient des saboteurs en avant de leurs lignes. Cet incident malheureux coûte la vie à notre lieutenant-médecin Sassoun. Lolo a ses côtés est blessé. Le second-médecin Guy Cazenave prend la relève. Nous arrivons aux abords d’une grosse bourgade belge au passé historique, désertée de tout combattant.

C’est le matin de Noël, un 24 décembre. Toute vie paraît avoir disparu dans ce décor irréel de neige et de glace. Nous entrons avec beaucoup de précautions dans Bertrix. Les habitants sortent de la grand-messe. Les pauvres sont inquiets et se demandent s’ils se trouvent en face d’Allemands, d’Américains ou de Français. Nous les rassurons et ils nous ouvrent leurs cœurs et leurs maisons.

[…] Bertrix est donc pour nous une base de commandement et de départ des patrouilles pour stopper Von Rundstedt. Il fait froid, un froid sibérien, moins 30°, la neige et la brume nous enveloppent de leurs ailes glacées. Pour démarrer les JEEPS, pas d’autre moyen que de faire du feu sous les moteurs. Les routes verglacées transformées en patinoires sont presque impraticables. Le ciel est gris, couvert, étouffant, entrecoupé de chutes de neige. L’aviation de la RAF. ainsi que des U.S. Air Forces ne peuvent intervenir pour libérer les paras américains assiégés dans Bastogne.

Toutes les patrouilles font une consommation énorme de munitions, roquettes, mines etc... Je reçois l’ordre de descendre au sud de Reims pour un chargement maximum. Je m’enfonce dans la nuit de glace, il est tard, je sais qu’un dérapage avec ce camion peut nous coûter la vie. Je décide de ne pas continuer. J’ai comme compagnon, un assistant récupéré lors de la bataille de Bretagne. Nous demandons asile dans une caserne de Reims, tenue par des troupes anglaises. J’ai pour but de tenir à l’abri le camion chargé. Anéantis par le froid, la fatigue et les nerfs continuellement sur le qui-vive, nous nous endormons en toute confiance, sans penser qu’au réveil nous allons avoir la dure surprise de constater que des malfaisants nous ont délestés de nos armes ainsi que d’une magnifique paire de jumelles. J’étais habitué à mon matériel et laissai éclater ma fureur. On me calma en nous donnant en remplacement deux mitraillettes Sten. La guerre a des surprises et il n’y a pas que de nobles âmes dans les rangs de ses combattants.

Nous reprenons notre route vers les lignes avancées. De retour en Belgique, alors que nous montons une côte en première, entre Maissin et Saint-Hubert, le camion n’accroche plus et commence une glissade en arrière. Debout sur le marche pied j’entreprends la descente entre les rangées de maison du village. Malgré la température glaciale, de lourdes gouttes chaudes de sueur glissent sur mes tempes. J’oublie mon passé, mon futur n’existe pas, je suis dans un présent horrible où toute fausse manœuvre peut faire exploser toute la rue. Dans ces moments là, on ne pense pas à sauver sa vie. On imagine simplement des hommes, des femmes, des enfants et des vieillards au chaud dans leur logis, confiants, ne sachant pas que le camion de la mort les frôle. Mais un mot clignote lumineux dans ma tête : BARAKA !

Je ne doute pas en descend en zigzag, sûr de moi. Par chance, personne ne se trouve derrière nous et nous arrivons intacts en bas de la côte qui freine notre course folle. Heureusement un half-track américain sur chenilles passe par là et nous aide à remonter la pente.

Enfin le ciel clair revient et avec lui les bombardements allemands reprennent de plus belle. Des combats aériens se déclenchent mais sans grande incidence. Des renforts américains nous rejoignent et de nouveau nous partons en avant sur Bastogne. C’est là que j’ai appris que la neige immaculée de mon enfance pouvait devenir noire et rouge. Les carcasses noircies des véhicules, la désolation muette, le reproche qui nous concerne tous, la guerre, tout cela se mélange en un paysage dantesque. Fuyant ces images de cauchemar, nous sommes heureux de retrouver les paras américains à Bastogne. Nous fonçons ensuite sur Houffalize, la retraite allemande s’accentue de jour en jour. Ils manquent de carburant et ont perdu la foi. Notre percée se fait maintenant jusqu’à la frontière allemande où nous rejoignons les autres renforts américains.

Mais la guerre touche à sa fin et le Maréchal Montgomery donne l’ordre aux troupes d’élite de se retirer du front. Pour nous c’est la fin de la campagne de Belgique, blessé je suis ramené à l’hôpital de l’armée de l’air à Paris, puis à l’hôpital canadien de Colchester en Angleterre. […]

Extrait de : Les Larmes du Général ou La Baraka ou La Baraka d’un Caporal des Bataillons du Ciel de la France Libre. Autobiographie de Pierre Lacaze
Pessac 1996

pere noel

 

 

 

 

 

L'AFPSAS vous souhaite à tous un joyeux Noël

et de très bonnes fêtes de fin d'année.