Septembre 2019

L' Edito du mois :

Le 4ème Bataillon de la Brigade S.A.S. reçut, à la fin de la dernière guerre mondiale, l’appellation de 2ème R.C.P.

Aujourd’hui, le 1er R.P.I.MA avec son drapeau, en est le digne héritier.

Ce régiment d’élite porte déjà le béret amarante avec l’insigne “QUI OSE GAGNE”.

Il devrait devenir le 1er Régiment S.A.S. de l’Armée Française.

Ses Chefs de Corps, ses Officiers, Sous-Officiers, Caporaux-Chefs, caporaux et soldats du rang en ont l’esprit, la force morale et la formation.

Ils sont, sans conteste, dignes de leurs anciens.

Colonel (H) Achille Muller
Ancien du 4ème S.A.S. et du 2ème R.C.P.
Grand’croix de la Légion d’Honneur

L’article de mon compagnon le Colonel Achille Muller dit tout ce qu’il faut dire. Les énarques qui peuplent l’Elysée, Matignon, et la rue Saint-Dominique ignorent l’existence des SAS; c’est un simple sous-préfet qui a présidé la cérémonie du 4 septembre à Sennecey-Le-Grand ; tandis qu’en Hollande le 2 septembre les souverains de Hollande et de Belgique célébraient la mémoire du capitaine de Combaud-Roquebrune et ses compagnons. Mon journal local du 3 septembre signale une commémoration de l’affaire de Bazeilles en 1870. Les SAS sont maintenant entrés dans la légende au côté de ceux de Poitiers, de Bouvines, d’Orléans et de Patay, de Rocroy et d’Austerlitz. Ce n’est pas rien ! Un vieux grognard des années 40-45 remercie chaudement tous ceux de l'AFPSAS pour la part éminente qu’ils ont prise pour perpétuer notre souvenir.

À tous ceux du 1er RPIMa je souhaiterais simplement leur dire : good hunting !

Philippe Akar
Ancien du 3ème S.A.S. et du 3ème R.C.P.
Grand’officier de la Légion d’Honneur

Évènements à venir :

Septembre


o 4 septembre 2019 : Sennecey-le-Grand (71)

 75e anniversaire de la Libération de Sennecey-le-Grand

o 6 septembre 2019 : Moussey (88)

Commémoration de l’Opération Loyton (13 août-mi octobre 1944), hommage aux parachutistes du 2nd  SAS britanniques et à la Résistance.

o 7 septembre 2019 : Peer-Meeuwen, province de Limbourg (Belgique)

ABSASV (Amicale Belgian SAS Vriendenkring)
Commémoration de deux SAS Belges tombés lors des combats dans le Limbourg.

o 8 septembre 2019 : Somloire (49)

Cérémonies organisée par l’Association Départementale des Parachutistes d’Anjou en souvenir des parachutages et des combats du Bois-d’Anjou

  • 10h00 Dépôt de gerbes Stèle du Bois d’Anjou, lieu-dit « Chef’Tessiers ».
  • 10h45. Dépôt de gerbes au monument « Ferrari », calvaire de l’Ardonnerie

o 8 septembre 2019 : la « Plaine Sapin » près de Somme-Leuze (Belgique)

ABSASV (Amicale Belgian SAS Vriendenkring)
Commémoration des liens entre les SAS et le maquis.

o 21-22 septembre 2019 : Saint-Connan (22) - Musée de la Résistance en Argoat

Dans le cadre des Journées européennes du Patrimoine, visite dynamique gratuite le long de l’étang sur le maquis et les actions SAS.
reconstitution, ateliers techniques et vivants animés par le comité reconstitution de l’AFPSAS

o 28 septembre 2019 : Bayonne (64)

Assemblée générale de l’Afpsas

 

Octobre


o 12-13 octobre 2019 : Sainte-Mère-Église (50) - Airborne Museum

cycle de conférence« La France Combattante, les Forces Françaises Libres de 1940 à 1945 »

Samedi 12 octobre :

  • 09h00 – 10h00 : La 1ère Division Française Libre (DFL) par le Lieutenant-Colonel Jean-Christophe Dumont
  • 10h00 – 10h30 : Questions et pause
  • 10h30 – 11h30 : Les Forces Navales Françaises Libres et les «Commandos » par Benjamin Massieu
  • 11h30 – 12h00 : Questions + dédicace et pause
  • 12h00 – 14h00 : Pause déjeuner
  • 14h00 – 15h00 : Les aviateurs des Forces Aériennes Françaises Libres par le Général Patrick Collet
  • 15h00 – 15h30 : Questions + dédicace et pause
  • 15h30 – 16h30 : De l’Infanterie de l’Air aux S.A.S par le Lieutenant-Colonel Jean-Christophe Dumont
  • 16h30 – 17h00 : Questions et pause
  • 17h00 – 18h00 : Le plan Jedburgh (évocation des plans Sussex et Proust) par Jean-Louis Perquin
  • 18h00 – 18h30 : Questions et fin de la journée

Dimanche 13 octobre :

  • 09h00: De la colonne Leclerc à la 2e DB
  • 10h30: L’Armée d’Afrique – du ralliement aux FFL, jusqu’à la Libération

Le SAS du mois :  Robert MOULIÉ (1912-2006)

 

Né le 6 novembre 1912 à Le CATELET dans l’Aisne.

Enseignant et Officier de réserve, il est au début de la guerre 39-45 commandant de compagnie du 49ème R.I., cité deux fois au cours des combats du Donon dans les Vosges ; il est fait prisonnier le 26 juin 1940 ; sa conduite au feu amène le commandement allemand à l’autoriser à conserver son arme de service par une convention d’honneur dans l’attente de son arrivée à l’Oflag VI D de MÜNSTER.

Il s’évade en juin 1941 et traverse la HOLLANDE, la BELGIQUE, la FRANCE et retrouve sa famille près de BORDEAUX où il reprend ses activités d’enseignant tout en rejoignant le réseau de résistance BRUTUS auquel il fait participer son père, son frère et son beau-frère.

Après la naissance de son fils en janvier 1943 et le décès de son épouse après l’accouchement, il s’évade de France par l’ESPAGNE et GIBRALTAR et rejoint le Général de GAULLE à LONDRES ; il est nommé instructeur des Cadets de la France combattante et commande la première compagnie d’élèves-aspirants, parmi lesquels se trouve Pierre LEFRANC. (1)

Après les stages commandos et parachutistes dans les centres spéciaux britanniques, il est parachuté en France au titre du BCRA, prend le commandement d’un bataillon FFI et participe aux combats de la boucle du DOUBS.

Blessé au cours de ces combats, il repart en ANGLETERRE et rejoint le 2ème RCP de la brigade parachutiste britannique SAS.
Il est parachuté en HOLLANDE dans le cadre de l’opération AMHERST en avril 1945 pour des actions de harcèlement sur les arrières ennemis au profit du 2ème corps d’Armée canadien.
Revenu en France avec le 2ème RCP, il est détaché à l’Ecole parachutiste britannique de RINGWAY en Angleterre comme instructeur.

A la fin de la guerre, il part en INDOCHINE à la Demi-brigade parachutiste de Choc (type SAS), participe à différentes opérations aéroportées au CAMBODGE et au TONKIN, rejoint l’Ecole de jungle britannique à KUALA-LUMPUR en MALAISIE, comme responsable de l’instruction commando.

De retour en FRANCE, il met sur pied et commande le centre d’entrainement au saut des parachutistes coloniaux de VANNES-MEUCON.

De 1949 à 1952, il est à nouveau en INDOCHINE , d’abord comme adjoint du 5ème BPC, puis comme commandant de la Base aéroportée sud, enfin comme commandant du 7ème BCCP. Il participe à de nombreuses opérations au LAOS, en COCHINCHINE, au TONKIN et sous son commandement le « 7 » est cité deux fois à l’ordre de l’Armée.

De retour en France en 1952, il commande l’ « instruction combat » à l’Ecole des troupes aéroportées de PAU (ETAP) et participe avec les alliés et notamment avec les britanniques à des actions communes à l’étranger.

Il effectue un troisième séjour en INDOCHINE en 1954 et 1955 où il commande entre autre le centre d’entrainement spécial commandos du Cap Saint-Jacques en COCHINCHINE.

Il rejoint ensuite la Brigade des parachutistes coloniaux à BAYONNE.

En 1956, il fait partie de l’Etat-major franco-britannique qui prépare à LONDRES l’opération de SUEZ.
Il est désigné comme officier de liaison français auprès de la 16ème Brigade britannique et est parachuté sur PORT-SAÏD avec les premiers éléments ; il participe aux pourparlers du cessez-le-feu avec les Egyptiens.(2)

Il revient à BAYONNE et prend le commandement du Centre d’instruction des parachutistes coloniaux.

Il rejoint en 1958 la 10ème Division parachutiste en ALGERIE , il est commandant en second du 3ème RPC où il conduit plusieurs opérations, puis commande la base aéroportée de BLIDA.

En 1960, il prend le commandement du 1er RPIMa dont il est le premier chef de corps. Ce régiment deviendra au fil du temps le fer de lance des Forces spéciales Terre et le régiment de tradition des SAS.(3)

Il part en 1962 au NIGER et commande le Groupement saharien n°42 qui sera sa première unité coloniale non parachutiste et qui lui permettra de découvrir l’immensité saharienne et africaine.

Après un passage au Groupement d’instruction des Troupes de Marine à FREJUS, il termine sa carrière comme Délégué militaire départemental des LANDES.

Il accède au grade de Général de Brigade en 1969, date à laquelle il passe en 2ème section des Officiers généraux.

Commandeur de la Légion d’Honneur, Grand Croix de l’Ordre national du mérite, il était titulaire de 14 titres de guerre, de nombreuses décorations françaises et étrangères (Commandeur de l’Ordre national du Niger, Military Cross britannique, croix de guerre hollandaise, Croix de guerre et croix de la Vaillance vietnamiennes…).

Retiré sur la Côte basque, il décède à BAYONNE le 26 décembre 2006.
Le 1er RPIMa lui rend les honneurs à l’occasion de ses funérailles

Le Bâtiment d’instruction spécialisé commandos du Régiment porte désormais son nom à la Citadelle de BAYONNE.

Pierre MOULIÉ

 

(1) « Le lieutenant Moulié en a vu de toutes les couleurs. Il s’est évadé d’Allemagne puis de France dans des conditions extraordinaires. Remarquable animateur, sportif accompli, il s’intègre immédiatement au petit monde de Ribbesford. Il s’emploie d’ailleurs à y mettre quelque animation. Il sort d’une Ecole de Commandos et a l’habitude de semer partout des pièges chargés d’une faible quantité d’explosifs, y compris au mess. On ne sait jamais si quelque chose ne va pas vous exploser au nez, sans danger d’ailleurs. Ce stage lui vaut son surnom de « Pan-Pan », par allusion à la manière de tirer avec une arme automatique qu’il enseigne par courtes rafales : pan-pan, pan-pan ! (Ce qui donnera lieu à la chanson de route de l’Ecole portant le nom de « la complainte du lieutenant MOULIÉ » (voir Casalis dans Destins brisés, tome 3-2, page 965).
André Casalis, historiographe de l’Ecole des Cadets de la France Libre, Cadets de la France Libre : L’Ecole militaire, Paris, Lavauzelle, 1994.

(2)« Moulié connait ses paras britanniques sur le bout des doigts, pour les avoir longuement pratiqués au cours de la seconde guerre mondiale, pendant laquelle il fut instructeur à l’Ecole de sauts de RINGWAY, puis à l’occasion de diverses liaisons, visites, stages en qualité de commandant de l’Ecole de saut de Vannes-Meucon, puis de chef de l’Instruction Combat à la Base école des TAP de PAU. Très observateur, sachant faire ami-ami avec tout le monde -mais à la mode insulaire : sans forcer son talent ni s’imposer-, s’insinuant silencieusement, ne demandant qu’à s’instruire, évitant de rouler des mécaniques, il voit tout, entend beaucoup (il parle anglais et le comprend très bien) et sait garder ses jugements par-devers lui ».
Jacques Massu et Henri Le Mire, Vérité sur SUEZ 1956, Paris, Plon, 1978, p. 158 

(3)« Le 1er RPIMa est créé à Bayonne le 1er novembre 1960. Son premier chef de corps, le Colonel Moulié, est également le dernier SAS en activité à le commander ».
« C’est à la demande du colonel Moulié que l’insigne fut repris ; Il fit ajouter le chiffre « 1 » en argent au centre de la coupole. Le modèle fut homologué officiellement le 10 février 1961»
Le 1er RPIMa, édition spéciale préfacée par Michelle Alliot-Marie, ministre de la Défense, décembre 2003.

Photo ©collection particulière
 

 

Lien vers le site FFLSAS 

 

 

Suggestion de lecture:  Les Centurions d’Alexandre  Général Patrick Manificat

 

« Notre employeur se prénomme Alexandre et certains le surnomment « Dagobert », mais avant que le comte de Marenches ne consente à nous employer, il nous faut maîtriser des disciplines bien étranges… »

Héritier des parachutistes SAS formés en Angleterre et précurseur des opérateurs du Commandement des opérations spéciales, le 1er Régiment de parachutistes d’infanterie de marine de Bayonne a camouflé en son sein pendant plusieurs années une unité particulière : le Groupement opérationnel, en abrégé G.O, prononcez « Géo », écrivez GO, un sigle dont la consonance ressemble au commandement bref et libérateur hurlé par le largueur aux oreilles de ces étranges guerriers qui ont la drôle d’habitude de passer par la porte d’un avion en marche.

En ordonnant la création de ce détachement de type SAS au sein du 1er RPIMa en 1974, le chef d'état-major des armées, inspiré par le commandant de la 11°DP de l'époque, le général Le Borgne, lui même ancien SAS de la France Libre, avait identifié un manque dans les capacités de nos armées ; depuis, ce vide est comblé, et de la plus belle manière, par les parachutistes du 1er RPIMa.

Conçu dès 1973 pour renforcer les rangs du Service Action du SDECE tout en appartenant toujours à l’armée de Terre, créé sur le papier en 1974, recruté en 1975, formé en 1976 et opérationnel en 1977, le GO va se voir confier des missions peu ordinaires avant même d’avoir terminé sa formation spéciale et réalisé tous ses effectifs. Agissant le plus souvent en marge des opérations classiques, les précédant souvent et les prolongeant parfois, il lui faudra se montrer discret, choisir d’initiative la force ou la souplesse, rester loyal envers ses employeurs et faire preuve d’efficacité en toutes circonstances.

Formé tout spécialement pour agir et coopérer avec un support invisible et clandestin, entraîné pour vivre et combattre dans les différents milieux, on lui demandera aussi bien de soutenir le président Mobutu face aux Katangais, d’armer des mouvements subversifs, de renverser l’empereur Bokassa, de mettre en selle le président Abdallah ou de protéger le président Houphouët-Boigny. Bien qu’il n’ait nullement démérité dans l’accomplissement de toutes ces missions, il sera dissout en 1981 lorsqu’un vent de panique perturbera ses employeurs civils ou militaires et conduira à une nième réorganisation dont nos dirigeants sont si friands.

En 2019, les secrets du GO appartiennent au passé. Les rangs des anciens commencent à s’éclaircir et les aventures vécues par les 200 parachutistes d’alors méritent d’être connues. Au lecteur d’en juger, le voile est en tout cas levé !
L’ouvrage est préfacé par le général de corps d’armée Grégoire de Saint-Quentin, sous-chef d’état-major « opérations » de l’état-major des armées.

 

« Vivre sur son passé, c’est se ruiner.
Vivre sans son passé, c’est s’appauvrir. »
(Maréchal de Lattre de Tassigny)

 

Les Centurions d’Alexandre
Carnet de route du bras armé des services spéciaux français 1975-1981
par le général Patrick Manificat
Editions Sophia Histoire&Collections, 5 avenue de la République, 75011 Paris
Prix : 19 €

 

Tribune Libre :  

 

LE 13 JUİLLET 1948, LA 1ère DBCCP REÇOİT SON DRAPEAU AUX İNVALİDES :

 Les appellations changent mais l’esprit SAS demeure.

- Le 31 juillet 1944, le 4ème Bataillon d’Infanterie de l’Air/4th SAS est baptisé 2ème Régiment de Chasseurs Parachutistes SAS.

« A ma sortie de l’hôpital militaire de Besançon, j’ai rejoint le 2ème RCP en Angleterre où m’avaient précédé les deux aspirants rescapés de cette mission dans le Doubs. Dans ce bataillon de type britannique SAS, qui était en réalité ce que le nouveau commandement militaire d’Alger avait improprement baptisé « régiment de chasseurs parachutistes », j’ai assumé la fonction d’officier adjoint au chef de bataillon, le commandant de réserve Puech-Samson, qui venait lui aussi d’être blessé au cours d’une opération terrestre dans les Ardennes belges, après avoir succédé au célèbre chef « manchot » des opérations parachutées en Bretagne, le lieutenant-colonel Bourgoin. »
Robert Moulié (2010), Des SAS au 1er RPIMa, LBM, Paris.

 Le 1er août 1945, toutes les unités parachutistes françaises rejoignent l’Armée de Terre. Le 1er octobre, le lieutenant-colonel Pâris de Bollardière prend le commandement du 2e RCP SAS qui devient 2e RCP de l’Infanterie métropolitaine, tandis que le 3ème RCP SAS est dissous.
En février 1946, le colonel de Bollardière quitte le 2e RCP et part en Indochine avec des volontaires de plusieurs unités parachutistes. 95% des anciens officiers d’active et presque tous les sous-officiers et soldats du 2e RCP le suivent. L’unité prend différentes appellations : 1er Bataillon SAS du 2e RCP, 1er Bataillon Parachutiste SAS, ½ Brigade de Parachutistes SAS…
Lorsque le 2e RCP est dissous le 28 septembre 1946, les traditions des parachutistes SAS de la France libre et le drapeau du 2e RCP, remis à Edimbourg, avec ses attributs et récompenses, sont transmis à la ½ Brigade de Parachutistes SAS.
Le 1er novembre 1946, la ½ Brigade de Parachutistes SAS devient officiellement la 1ère demi-brigade parachutiste. Les lettres SAS doivent être supprimées sur le drapeau.
Le 23 octobre 1947, en Indochine, la 1ère ½ Brigade Parachutiste SAS devient la 2e ½ Brigade Coloniale de Commandos Parachutistes, tandis qu’en France, est créée la 1ère ½ Brigade Coloniale de Commandos Parachutistes, sous les ordres du colonel Massu.

Le 13 juillet 1948, aux Invalides, en présence du général Valluy, l’ancienne garde de la demi-brigade SAS (capitaine Legrand, porte-drapeau) transmet le drapeau de la demi-brigade SAS à la nouvelle garde (lieutenant Hébert) de la 1ère Demi-Brigade Coloniale de Commandos Parachutistes. Le 15 juillet, le drapeau du 2e RCP, remis à Edimbourg en mai 1944, est transmis à la 1ère DBCCP.
La 1ère DBCCP est bien l’héritière des parachutistes SAS de la France libre et de la demi-brigade SAS.

CHRONIQUE DE FRANCE

« Le drapeau des SAS nous fut remis aux Invalides le 13 juillet. Pour une belle cérémonie, ce fut une belle cérémonie !

Les grands chefs s’étaient écervelés à trouver une tenue de défilé, sobre, élégante avec son petit cachet particulier. D’aucuns optaient pour les vestes d’assaut US qui laissent les bras nus et permettent d’admirer l’ampleur des biceps et la variété des tatouages. La corde de parachutiste mollement nouée autour du torse voire du cou et évoquant les charmeurs de serpents que nous sommes appelés à devenir, avait des partisans. Le chapeau de brousse n’avait pas été trouvé assez nioulouque. Les classiques envisageaient le battle-dress 46 dernier cri de l’élégance militaire. Finalement il fut décidé que la tenue comporterait la veste coloniale création remarquée de Capitaine LE BORGNE et le pantalon de saut US.
Arrivé à Paris la veille du dégagement, le Cdt P/I de la ½ BCCP tombait en arrêt devant ces vestes, elles n’étaient pas camouflées et leur kaki jaune cher à l’intendance française hurlait à faire grincer les dents au contact du pantalon US.

Tout le monde tomba d’accord, cela ne pouvait pas « coller ». Le capitaine CHRETIEN eut une idée. Aller chercher à Nancy des tenues de saut françaises prévues pour la ½ Brigade. Prudent le Cdt P/I s’opposa à cette solution qui était à la merci d’une panne de camion et d’autre part, les gens du 3e étant connus pour l’adhérence de leurs doigts il est probable que la ½ BCCP n’aurait jamais revu les tenues prêtées.

CHRETIEN n’était jamais à court d’idée ni de relations, il trouva un intendant Métro, assez compréhensif pour nous passer dans les 2 heures, 400 Field-jacquets miraculeusement assortie à nos pantalons. BIGEARD cracha, jura qu’elles seraient rendues, il emporta tout ce matériel à Versailles où cantonnaient les vaillantes troupes du 3e. Il ne s’agissait plus que de brêler sur ces vêtements, « Lapin agile », écusson colonial, pattes d’épaules, bananes, fourragères et tout.

Le lendemain le Staff était réuni à la Section d’Etudes en attendant le départ aux Invalides, un cliquetis métallique annonça l’arrivée de Legrand bardé de bananes, les pieds à l’aise dans des rangers outrageusement virginaux. Le Colonel de BOLLARDIERE après de multiples sollicitations céda à la prière du photographe qui le voyant paré d’une certaine partie de ses décorations voulait absolument faire son portrait.

L’heure approchait, le Bataillon était en place, son chef l’avait enfin retrouvé et ses brillants seconds lui avaient amené son vestiaire au complet.
Il ne restait plus qu’à prendre la Jeep et à rejoindre ; pour ce on prit le drapeau, la hampe étant démontable on en ajusta les morceaux… jusqu’à ce que notre emblème toucha le plafond. « Curieux ! Ce drapeau me paraît haut » dit LEGRAND. Tout le monde dû en convenir, on avait tout simplement ajusté deux hampes démontables, car il y avait aussi celle du drapeau d’Edimbourg ! « Qu’à cela ne tienne on va enlever l’excédent ». On eut beau tirer rien ne vint ! Les cerveaux se creusaient pour résoudre le problème, une scie opportune se trouva-là pour ramener la hampe à une hauteur décente.

Gros public aux Invalides. Le Colonel BOURGOIN était là et le Colonel de BOLLARDIERE suivi du Cdt P/I passa avec lui la revue du Bataillon ; le glorieux ancien était heureux comme tout.

Petit détail ; étant donné le froid relatif, le Bataillon portait la cravate qui n’était pas initialement prévue, le Cdt P/I un tantinet enroué avait commandé par un glapissement assez mal audible.

La vieille garde apporta le drapeau, la jeune garde se mit en lace face à elle et le drapeau passa des mains de LEGRAND dans celles du Colonel de BOLLARDIERE puis dans celles du Général VALLUY puis dans celles du Cdt VERNIERES. Le général VALLUY dans une brillante allocution remit aux jeunes paras le drapeau chargé de gloire de leurs aînés.

L’appel des morts, ceux d’Indochine seulement, égrena 193 noms.

Le Bataillon au son de l’Hymne de l’Infanterie de Marine devant le Général VALLUY, le grand chef s’avança vers le Commandant des troupes pour le féliciter gentiment et quelle ne fut pas leur surprise de voir s’avancer Cdt AYROLLES en tête, le 3e à qui un tour n’avait pas suffi.
Sourire étonné du général, « On a droit à un tour d’honneur » et chacun reprend sa place, signe discret mais éloquent à AYROLLES l’invitant à prendre la porte.

C’est bien fini, recongratulations du Général. Le Cdt P/I se retourne et aperçoit à côté de la musique qui continue sur sa lancée le drapeau et sa garde qui semblent attendre les événements.

Un frisson de panique lui secoue l’échine, il s’amène à côté de la garde et, très digne la conduit à la chapelle pour le service qui va avoir lieu. Un courrier rapide va chercher le dernier commando du Bataillon pour recevoir le drapeau à la sortie.
Tous les grands chefs sont contents, car nos gens avaient vraiment belle allure, ils font pleuvoir les félicitations pour l’organisation de la cérémonie, et la tenue des troupes.

Tous ces compliments nous touchent profondément ! « Pardon mon général ne pourrait-on, garder es vestes prêtées pour le défilé ? » C’est le Cdt AYROLLES qui revient et trouve le mot fin.

Le lendemain gros succès sur les Champs Elysées mais le béret amarante intriguait la foule qui nous prit parfois pour des Légionnaires ? et même « Paris-Presse » dixit, pour des chasseurs.

Le gang des tractions avant ne se signala pas particulièrement ce jour-là, nous en sommes heureux, car on aurait encore imputé l’affaire à la Brigade.

Il est vrai que l’on ne prête qu’aux riches et que notre réputation sur le territoire de la3e Région est solidement établie. Le général ARIABOSSE a une tendresse secrète pour ses parachutistes et veut à toute force les mêler à toutes les manœuvres pour secouer un peu notre Infanterie trop compassée par des méthodes d’instruction renouvelées du Grand Frédéric. »


Commandant VERNIERES in Allo Ancre, ici Dragon, n° 0, septembre 1948.

 

Pierre Chabot
Officier Tradition du 1er RPIMa
 
Crédit photo:
Photo 1 : ©E.C.P.-Armées
Dans la cour des Invalides, l’ancienne garde avant la remise du drapeau :
Colonel Pâris de Bollardière, le capitaine Legrand, porte-drapeau, entouré de Caublot et Krisic.
Photo 2 : ©archives 1er RPIMa
La nouvelle garde qui vient de recevoir le drapeau quitte la cour des Invalides. Porte-drapeau, Lieutenant Hébert; gardes drapeau : Barrot, Croenne, Reygnau, Fosse