Leurs Familles

Remise de la
Croix de Chevalier de l’Ordre National du Mérite

à Madame Huguette GARCIA

Discours du Capitaine de Vaisseau  (h) Paul COUDERC pour la remise des insignes de Chevalier de l’Ordre National du Mérite à Madame Huguette GARCIA

Monsieur Gérard LE GAL président de l’ANMONM
Mesdames, Messieurs les membres de l’Ordre National du Mérite
Mesdames, Messieurs,

Madame Huguette GARCIA, vous m’avez fait l’immense honneur de me choisir pour vous remettre les insignes de Chevalier de l’Ordre National du Mérite.01

Comme il est d’usage, je vais donc retracer quelques étapes de votre vie, et m’efforcer de mettre en lumière les actions éminentes qui ont conduit à vous admettre aujourd’hui dans le second Ordre National français.

Madame GARCIA, vous êtes la 4ème et dernière enfant d’une famille d’agriculteurs. Vous fréquentez l’école primaire de votre village de LONGSOLS jusqu’à 11 ans et, votre certificat d’études en poche, vous devez arrêter vos études alors que vous étiez admise en 6ème ; mais il faut aller aider vos parents.

En effet, votre frère et votre sœur aînés se sont mariés et ont quitté la ferme. Quant à votre dernier frère, il est mobilisé et, au moment où la guerre survient, vos parents n’ont d’autre solution que de vous faire travailler avec eux.

Après-guerre, en 1948, vous rencontrez le sergent-chef Alphonse GARCIA, qui a servi dans les Forces Françaises Libres comme SAS (Special Air Service) parachutiste de l’armée coloniale, et vous vous mariez en 1948. Début 1949, il est affecté au Sénégal où vous le rejoignez un peu plus tard. Sa compagnie est basée dans un petit camp proche de Dakar où n’habitent que 4 familles.
Votre premier fils Régis naît à Dakar en septembre 1949
L’année suivante, l’épouse du capitaine de compagnie doit accoucher, mais le médecin du camp peu familier de ce genre d’exercice, fait appel à vous en pleine nuit et vous allez l’assister. Dès sa naissance vous vous occupez du nouveau-né et tout se passera bien.

Forte de cette première expérience, l’on fera appel à vous à plusieurs reprises dans des circonstances identiques, et à chaque fois vous serez d’un précieux secours.
Votre second fils Raynald naîtra en 1951 à Thiès, au Sénégal où votre mari a été affecté à l’école de parachutisme comme moniteur de saut.

De 1959 à 1961, vous avez suivi votre mari en Algérie, à Koléa à l’est d’Alger. Et là vous vous liez avec des femmes musulmanes qui vous ont demandé d’apprendre le tricot à leurs petites filles. Rares relations d’amitiés tissées en pleine guerre d’Algérie ! Les mamans reconnaissantes à la fin du ramadan vous apportaient quantités de pâtisseries.

A plusieurs reprises l’on a déjà vu s’exprimer clairement les traits marquants de votre caractère dans votre engagement constant au profit des autres, votre réactivité et votre spontanéité, votre désir permanent de rendre service, votre recherche d’établissement de relations amicales.

Votre mari prend sa retraite et vous vous installez à Pougy. Le maire vous confie bientôt les rênes du Centre Communal d’Action Sociale et vous le développez pour créer une association familiale qui va regrouper quatre villages, et dans laquelle vous animez le club du 3ème âge et une Ruche centre de vacances pour les enfants. Vous vous consacrerez une quinzaine d’années à ces fonctions tout en ayant accueilli chez vous votre mère atteinte d’une grave maladie et dont vous assurez les soins journaliers.

En 1981, vous venez habiter Sainte-Savine, et votre mari déjà trésorier de l’Union Nationale des Parachutistes accepte la présidence des Anciens Combattants de Sainte-Savine. Malheureusement frappé à son tour par le cancer, votre mari décède en 1986.
Pendant sa maladie, vous avez assumé l’intérim des fonctions dont il avait la charge, mais à son décès, c’est le président national de l’Union des Parachutistes qui vous demande de reprendre en titre les fonctions de trésorière de l’UNP, ce qui impliquait organisation d’animations, d’arbres de Noël, déplacements à Paris, et vous assumerez ce rôle pendant huit ans.

02De même, comme personne ne se porte volontaire pour reprendre les fonctions de président des Anciens Combattants de Sainte-Savine, là encore, par fidélité à ce que votre époux avait mis en place, vous décidez de continuer son action. Vous donnez le meilleur de vous-même au cours de cérémonies, visites aux malades et animations diverses. Tout ceci alors que la vie ne vous épargne pas, puisque peu de temps après le décès de votre mari, au cours de trois années terribles, vous avez la douleur de perdre votre fils cadet, votre frère aîné et votre mère.

Fatiguée et épuisée par ce travail et ces épreuves, vous trouvez enfin quelqu’un pour reprendre le rôle de président des A.C. La passation de suite est simple « Je deviens président, mais tu fais le boulot » vous dit-il… C’est ainsi que vous héritez du rôle de secrétaire… notamment pour les anciens combattants d’Afrique du Nord. Vous êtes en charge de tous les cas douloureux et vous assistez les veuves en les aidant notamment à rédiger leurs dossiers d’entraide pour qu’ils puissent être pris en charge par l’ONAC et naturellement vous n’oubliez pas les visites aux malades et handicapés.

Malgré toutes ces importantes activités, du côté de la municipalité de Sainte-Savine, vous ne restez pas inactive. C’est ainsi que vous avez mis en place des ateliers de peinture et que vous donnez du temps au Syndicat d’Initiatives.
Bien entendu, lorsqu’il s’agit d’organiser et de faire vivre un jumelage avec Reichenbach (en Allemagne près de Stuttgart), vous êtes partie prenante dans toutes les manifestations organisées lors de ce jumelage et vous recevez et hébergez deux familles allemandes. Celles-ci en retour vous recevront en Allemagne.
Vous faites la même chose avec l’association « Les Noës loisirs » lors du jumelage avec Urmitz (également en Allemagne près de Coblence).

Comme il vous reste un peu de temps, et que vous êtes toujours attirée par la peinture, vous vous inscrivez aux Noës à un club de peinture sur soie.                 Mais attention !, c’est pour votre détente, comme élève.
Pas de chance, l’animatrice en titre étant rapidement défaillante, le président du Club, qui a repéré vos dons et votre talent vous confie les fonctions d’animatrice, puis souhaite que vous assuriez la direction du club. C’est le succès, il faut ouvrir un second cours du soir, puis un autre à la « Maison pour tous » de Sainte-Savine, puis, pour faire bonne mesure, un autre à Pougy, où vous avez résidé plusieurs années et où vous avez gardé beaucoup d’attaches.

Avec le Syndicat d’Initiatives de Sainte-Savine et vos autres associations, les réunions, les animations, les fêtes et les visites se succèdent sans arrêt ; et comme vous le dites, « j’étais bénévole à temps complet ».

Madame GARCIA, il y a déjà près de trois ans, lorsque j’ai proposé à Madame la Préfète votre dossier en vue de l’obtention d’une reconnaissance officielle de vos mérites je savais que ceux-ci étaient en tous points éminents et pour tout vous dire je commençais à trouver le temps long.

En voyant ce que vous avez réalisé, je crois que pour vous l’on peut dire comme dans une pièce de théâtre bien connue de tous, qu’ « aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre des années » (Don Rodrigue – Le Cid).

Aussi je me permets de relire le texte du décret que les services du Premier Ministre ont proposé à la signature du Président de la République au titre du Bénévolat Associatif :

Mme GARCIA, née VOINCHET (Huguette, Simone), membre d’une association d’anciens combattants ; 68 ans de services. Soixante-huit ans !!!

Que penser d’un tel délai lorsque l’on se souvient que le général de Gaulle en créant cet ordre prestigieux souhaitait récompenser plus rapidement des personnes ayant rendu pendant au moins dix ans des services éminents !

Alors, je ne vais pas abuser de votre patience qui a déjà été largement mise à l’épreuve et je vais vous remettre sans plus tarder les insignes de l’Ordre National du Mérite

« Madame Huguette GARCIA, au nom du Président de la République, et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés nous vous faisons chevalier de l’Ordre National du Mérite »03

Capitaine de Vaisseau (h) Paul COUDERC
Président de la section de l’Aube de la SMLH

Réponse de Madame Garcia après la remise de décoration de l’Ordre National du Mérite

Mesdames, Messieurs,
Je voudrais tout d’abord remercier Monsieur Gérard LE GAL, président de la section de l’Aube de l’Association Nationale des Membres de l’Ordre National du Mérite, de m’avoir offert la possibilité que ma remise de décoration ait lieu le jour de l’assemblée générale de sa section de l’ANMONM.
J’ai ainsi la chance de bénéficier du cadre prestigieux de la salle du Conseil Municipal de l’Hôtel de Ville de Troyes, mais surtout le privilège de me voir entourée de très nombreux membres de l’Ordre National du Mérite qui m’accueillent parmi eux.
Merci à vous tous ici dont la présence m’honore grandement ; vous m’accompagnez en ce jour de fête et ma joie est grande de voir ma famille réunie et tant d’amis autour de moi.
Je voudrais aussi remercier Monsieur le Capitaine de Vaisseau Paul COUDERC, qui m’a conseillée pour constituer mon dossier en vue de l’obtention de cette éminente récompense, et qui plusieurs années durant l’a suivi avec attention auprès des services de la Préfecture de l’Aube.

En cette journée riche en émotions, je pense très fort à Alphonse mon mari, à Raynald notre fils tous deux trop tôt disparus.
Monsieur le Président des Membres de la Légion d’Honneur les qualités que vous avez mentionnées à mon sujet m’étaient naturelles.

Ce que j’ai fait au Sénégal, en Guinée, en Algérie, à Pougy, à Sainte-Savine, aux Noës m’a apporté la satisfaction du devoir bien fait et beaucoup d’amitié. Chacun a ses qualités et ses défauts, je n’échappe pas à la règle, mais ce sont les fruits d’une éducation très sévère reçue chez mes parents et aussi de l’institutrice de mon village Mademoiselle SANTARELLI. J’ai eu la joie de la revoir en 1990 et 2000 dans son petit village de Corse.

J’imagine leur fierté s’ils avaient été présents aujourd’hui. Mon père, vaillant combattant de 14/18, qui a toujours refusé la retraite du combattant disant à ma mère « qu’il n’avait pas fait la guerre pour avoir une retraite ».

Merci à vous, mes parents, Mademoiselle SANTARELLI, mon mari, mes enfants, Jacques, ma famille. Cet insigne que je reçois aujourd’hui est également le vôtre.

Mesdames, Messieurs, je vous remercie.